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  • Marine

4 jours et 2 nouvelles

Je ne suis pas du genre à prendre du doliprane quand j'ai mal à la tête ou au ventre, encore moins me plaindre. Je préfère attendre que ça passe. Depuis l'enfance, j'ai mis très très rarement les pieds dans un hôpital : jamais rien cassé, peu d'urgences. Même pour mon fils de deux ans et demi. Il aura fallu attendre le confinement numéro 1 pour y aller deux fois en l'espace de deux jours. J'avais bien choisi mon moment.


Pour la faire courte, dans la nuit du lundi au mardi, j'ai fait un malaise pour terminer aux urgences, seule, et apprendre au petit matin après des heures d'attente, que tout allait bien, mais :

"Madame, vous êtes enceinte.

Vous pouvez rentrer chez vous et appeler votre gynécologue

pour le suivi de votre grossesse."


BIM ! Première nouvelle, tout en douceur ! Quel tact !


Devenir maman, la première fois, a déjà été une grosse claque. Encore aujourd'hui, ce rôle n'est pas limpide pour moi. Cela remue tout un tas de choses insoupçonnées du passé, a bouleversé l'équilibre tant recherché, multiplie les remises en question et me torture l'esprit, vous n'avez pas idée.


Nous sommes mardi matin, j'avale comme je peux cette nouvelle qui me ravit qu'à moitié et contacte ma gynécologue, en lui faisant part de ce qui vient de m'arriver pour prendre rendez-vous. Elle me trouve un créneau le jeudi qui suit à 14h.


Je me rends seule en voiture à ce rendez-vous (Covid oblige) et là tout s'enchaîne. Je vois l'expression du visage de mon médecin qui me fait comprendre qu'il y a une c****** dans le pâté, mais laquelle, je suis loin de l'imaginer.

Elle m'explique alors que je suis bien enceinte, mais que la grossesse ne pourra pas aller à son terme. En effet, c'est une grossesse extra-utérine, c'est-à-dire que, la grossesse se développe hors de l'utérus, plus précisément dans l'une des trompes de Fallope.


Il faut agir vite et m'envoyer aux urgences. Je commande un Uber, car le médecin m'interdit de reprendre le volant, direction les urgences, déjà prévenues de mon arrivée. Je ne sais pas ce qui m'attend, je me sens si seule et je ne me rends pas compte non plus de la gravité des choses. J'allais simplement faire une échographie chez ma gynécologue.


Arrivée sur place, on me pose tout un tas de questions, on me fixe un cathéter sur le bras, et j'enchaîne avec une nouvelle échographie les fesses à l'air et de nombreux spectateurs : gynécologues, infirmiers, chirurgiens, étudiants... Mon intimité en prend un coup.


On m'explique qu'en fonction de l'avancée de cette grossesse, deux options s'offrent à moi pour la traiter : par voie médicamenteuse ou par opération chirurgicale sous anesthésie générale et en urgence. Dans ce dernier cas, soit, on retire simplement l'oeuf fécondé, soit on retire la trompe. Il en resterait une pour faire un autre enfant.


Et bien, je vous le donne en mille... 30 minutes après j'étais au bloc !

Les larmes aux yeux, j'appelle mon conjoint pour le prévenir. Vu le contexte, il n'avait pas le droit de venir, ni avant ni après. Je suis complètement seule, archi seule. C'est dur.

Le personnel soignant essaye comme il peut de me rassurer et de me faire sourire.


"Madame, je vais compter jusqu'à 5, pensez à des choses heureuses."


L'opération s'est bien déroulée, le réveil aussi. Je suis dans le gaz, mais je n'ai pas trop mal. Je passe la nuit sur place pour une sortie le lendemain matin, après contrôle.


Aujourd'hui, des mois plus tard, tout va mieux. Le corps et l'esprit ont cicatrisé.


Tout ça pour dire que la vie ne tient à rien et que les choses peuvent basculer à une vitesse folle. N'oubliez pas de dire à vos proches que vous les aimez, car comme moi, vous pouvez naïvement partir à un rendez-vous de routine et vous retrouver, au bloc en urgence, deux heures plus tard.

© 2020 par Boumape. Création avec Wix.com / Crédit photographique © Clothilde Redon